Vous êtes ici : Accueil > Conseils juridiques > Mon enfant veut être entendu : le divorce amiable est-il encore possible ?

Mon enfant veut être entendu : le divorce amiable est-il encore possible ?

20/03/2026
Mon enfant veut être entendu : le divorce amiable est-il encore possible ?
Votre enfant demande à être entendu lors du divorce. Découvrez les conséquences sur votre procédure amiable et comment la préserver

Votre enfant vient d'exprimer son souhait d'être entendu par un juge dans le cadre de votre divorce, et cette demande bouleverse vos plans de séparation amiable. Cette situation, bien que déstabilisante, ne signifie pas la fin de l'amiabilité entre époux : elle impose simplement un cadre juridique différent. L'article 229-2 du Code civil est formel : dès qu'un enfant demande son audition, le divorce par consentement mutuel sans juge devient impossible. Maître Alexandra LAMOTHE, avocat spécialisé en droit de la famille à Évry-Courcouronnes, accompagne depuis plus de dix ans les couples confrontés à cette situation délicate. Comprendre les implications de cette demande vous permettra de préserver la sérénité de votre séparation tout en respectant les droits de votre enfant.

  • L'audition de l'enfant n'est pas obligatoire si les parents sont d'accord sur l'autorité parentale et la résidence (elle devient inutile si le désaccord porte uniquement sur la pension alimentaire qui ne concerne pas directement l'enfant)
  • Le passage devant le JAF impose la présence physique des deux époux qui seront reçus individuellement puis ensemble pour vérifier leur consentement libre et éclairé
  • À partir de 13-14 ans, le juge accorde un poids déterminant aux souhaits exprimés par l'adolescent concernant sa résidence (risque de non-représentation d'enfant si on impose un mode de vie contraire à sa volonté)
  • Le jugement d'homologation ne peut faire l'objet d'un appel, seul un pourvoi en cassation reste possible dans des conditions très restrictives

Le droit fondamental de votre enfant à être entendu dans le divorce amiable

L'article 388-1 du Code civil consacre un droit fondamental pour tout mineur capable de discernement : celui d'être entendu dans les procédures le concernant. Ce principe, issu de la Convention internationale des droits de l'enfant, garantit que votre enfant puisse exprimer ses sentiments concernant les décisions qui affectent directement sa vie quotidienne. Lorsqu'il en fait la demande, son audition devient obligatoire, transformant automatiquement votre divorce par acte d'avocats en procédure judiciaire. Cette demande peut d'ailleurs être adressée au juge aux affaires familiales à tout moment durant la procédure de divorce, y compris pour la première fois devant le juge en appel si la procédure en est à ce stade.

La capacité de discernement n'est pas définie par un âge légal précis. Elle s'apprécie selon plusieurs critères : la maturité de l'enfant, sa capacité d'expression verbale et son degré de compréhension de la situation familiale. Une étude du Ministère de la Justice révèle qu'aucun juge n'auditionne d'enfant de moins de 7 ans, les auditions commençant généralement vers 9-10 ans. Après 13 ans, les juges acceptent quasi-systématiquement les demandes d'audition, cet âge correspondant à l'ancien seuil légal de discernement avant sa suppression en 1993. À partir de 13-14 ans, le juge tient d'ailleurs davantage compte de l'audition du mineur dans sa décision, car il serait complexe d'imposer à un adolescent un mode de résidence qui ne lui convient pas, ce qui pourrait entraîner un risque de non-représentation d'enfant.

Votre obligation légale consiste à informer votre enfant de ce droit via le formulaire officiel fixé par l'arrêté du 28 décembre 2016. Ce document, parfois critiqué pour sa formulation complexe, doit être remis et signé par l'enfant capable de discernement (si l'enfant est trop jeune pour lire le formulaire, les parents doivent lui en faire la lecture et lui expliquer les termes, et si l'enfant est physiquement incapable de signer, le parent signe à sa place en précisant expressément cette incapacité). L'absence de ce formulaire annexé à votre convention de divorce entraîne le rejet du dossier par le notaire et peut constituer une cause de nullité. Si votre enfant coche "OUI" à la question "Je souhaite être entendu(e)", votre parcours de divorce change de trajectoire.

Conseil pratique : Si les parents sont d'accord sur les modalités d'exercice de l'autorité parentale et la résidence, l'audition n'apparaît pas nécessaire. Si le litige porte uniquement sur la pension alimentaire, l'audition des enfants a peu d'intérêt car cela ne les concerne nullement. Dans ces situations, expliquer sereinement à votre enfant que son audition ne changerait rien aux décisions qui le concernent directement peut l'aider à renoncer à cette demande.

L'impact sur votre procédure : du divorce sans juge au passage obligatoire devant le JAF

Dès qu'un seul enfant de la fratrie demande à être entendu, votre divorce par consentement mutuel bascule vers la procédure judiciaire prévue à l'article 230 du Code civil. Cette transformation ne remet pas en cause votre accord mutuel : vous restez d'accord sur tous les points de la séparation. La convention que vous avez élaborée avec votre conjoint reste valable, mais elle devra être homologuée par le juge aux affaires familiales. Attention toutefois : le juge peut refuser l'homologation et ne pas prononcer le divorce s'il constate que la convention préserve insuffisamment les intérêts des enfants ou de l'un des époux, même en présence d'un accord mutuel entre les époux.

Les délais s'allongent considérablement. Alors qu'un divorce par consentement mutuel sans juge se conclut en quelques semaines après le délai de réflexion de 15 jours, la procédure judiciaire nécessite environ 7 mois dans certaines juridictions. Vous devrez déposer une requête conjointe accompagnée de votre convention, puis attendre la convocation à l'audience d'homologation. Cette unique audience, généralement courte (une quinzaine de minutes), permet au juge de vérifier que votre consentement est libre et éclairé. Les deux époux doivent impérativement être présents car le juge doit les recevoir l'un après l'autre pour s'assurer de leur volonté réelle de divorcer et que leur consentement est libre et éclairé, avant de les recevoir ensemble avec leur avocat.

Un avantage financier émerge de cette situation : vous pouvez choisir de n'avoir qu'un seul avocat pour représenter les deux époux, contrairement au divorce sans juge qui en impose deux. Le coût global varie entre 500 et 2000 euros, incluant les honoraires d'avocat et les frais de procédure (la procédure judiciaire demande toutefois plus de travail et de présentiel pour l'avocat comparé au divorce conventionnel, ce qui explique logiquement des honoraires parfois plus élevés malgré la possibilité d'un avocat unique). Cette économie compense partiellement les désagréments liés à l'allongement des délais. Il est important de noter que le jugement homologuant la convention de divorce par consentement mutuel judiciaire n'est pas susceptible d'appel : seul un pourvoi en cassation est possible, à des conditions très strictes, limitant ainsi les possibilités de contestation ultérieure.

Exemple pratique : Un couple de Corbeil-Essonnes avec deux enfants de 11 et 14 ans avait préparé leur divorce amiable. L'aîné, inquiet de devoir changer de collège, demande à être entendu. Après avoir basculé en procédure judiciaire, le juge a validé leur convention en tenant compte du souhait de l'adolescent de rester dans son établissement scolaire. Le délai supplémentaire de 6 mois a permis aux parents d'affiner les modalités pratiques, notamment en prévoyant un système de transport adapté. Le coût total s'est élevé à 1 800 euros avec un avocat unique, contre les 2 500 euros initialement prévus pour deux avocats séparés.

Le déroulement concret de l'audition de votre enfant

L'audition se déroule dans des conditions strictement encadrées pour garantir la liberté d'expression de votre enfant. Il est reçu seul par le juge ou par une personne désignée, sans votre présence ni celle de votre conjoint. Cette mesure vise à éviter toute pression, même involontaire. Votre enfant peut demander à être assisté d'un avocat, qui bénéficie automatiquement de l'aide juridictionnelle. Cet avocat, distinct de vos conseils respectifs, prépare l'enfant à l'entretien et l'accompagne durant l'audition (il reçoit d'abord l'enfant en son cabinet, lui pose diverses questions qui pourraient être posées par le juge pour le préparer, et peut intervenir durant l'audition si le mineur est stressé ou confus pour le guider).

L'entretien dure généralement entre 30 minutes et une heure. Le juge ne cherche pas à faire choisir votre enfant entre ses parents, mais à comprendre ses sentiments et ses souhaits concernant sa résidence, les modalités de garde ou les relations avec chacun de vous. Un compte rendu synthétique est établi, ne reprenant pas littéralement les propos de l'enfant mais résumant ses sentiments exprimés (il ne s'agit pas d'un procès-verbal intégral des propos de l'enfant mais d'une synthèse résumant les sentiments exprimés, le juge pouvant également indiquer l'impression donnée par l'enfant : rire, sourire, pleurs, embarras, à l'aise). Ce document vous est communiqué pour respecter le principe du contradictoire.

Préserver l'esprit amiable malgré la procédure judiciaire obligatoire

Le dialogue avec votre enfant avant qu'il ne formule sa demande peut éviter le passage devant le juge. Écoutez ses préoccupations concernant la résidence alternée, les droits de visite ou toute autre modalité prévue dans votre convention. Parfois, des ajustements mineurs suffisent à le rassurer. Par exemple, si votre adolescent souhaite modifier le rythme des gardes pour mieux concilier ses activités extrascolaires, intégrer cette demande dans votre convention peut lever ses inquiétudes.

Si votre enfant maintient sa demande d'audition malgré vos explications, évitez toute culpabilisation. Présentez-lui ce droit comme une garantie légale de sa participation aux décisions familiales, non comme un obstacle à votre divorce. Une approche neutre et bienveillante préserve son équilibre émotionnel dans cette période déjà perturbante.

Votre enfant peut retirer sa demande d'audition à tout moment avant l'audience. Dans ce cas, vous pouvez revenir au divorce sans juge, à condition qu'il n'ait pas déjà renoncé une première fois. En effet, si votre enfant se rétracte puis demande à nouveau à être entendu, le passage devant le juge devient définitif, même en cas de nouvelle renonciation ultérieure.

À noter : La demande d'audition peut être adressée au juge aux affaires familiales à tout moment durant la procédure de divorce, y compris pour la première fois devant le juge en appel si la procédure en est à ce stade. Cette possibilité renforce l'importance d'impliquer votre enfant dès le début de la procédure dans une communication adaptée à son âge, afin d'éviter une demande tardive qui pourrait rallonger considérablement la procédure.

L'importance du maintien de la coopération parentale

Le caractère judiciaire de la procédure ne doit pas altérer votre esprit de coopération avec votre conjoint. Continuez à communiquer constructivement sur les aspects pratiques de votre séparation. Vos avocats respectifs, dont la responsabilité est accrue dans la protection de l'enfant, peuvent vous aider à adapter les modalités de garde pour tenir compte des observations de votre enfant sans compromettre l'équilibre global de votre accord.

  • Maintenez un discours commun et rassurant auprès de votre enfant
  • Évitez toute instrumentalisation de sa parole dans vos négociations
  • Respectez son choix d'être entendu sans chercher à influencer ses déclarations
  • Préparez-le sereinement à l'entretien en expliquant le déroulement sans suggérer de réponses

Le juge prend en considération les sentiments exprimés par votre enfant selon l'article 373-2-11 du Code civil, mais n'est pas tenu de suivre ses souhaits. Sa décision se fonde sur l'intérêt supérieur de l'enfant, parfois différent de ses désirs immédiats. Un adolescent de 14 ans exprimant le souhait de vivre exclusivement chez l'un de ses parents sera généralement entendu, tandis qu'un enfant de 10 ans demandant à ne plus voir l'un de ses parents verra rarement cette demande satisfaite.

Maître Alexandra LAMOTHE accompagne les familles d'Évry-Courcouronnes et des environs dans ces situations complexes où les droits de l'enfant rencontrent les impératifs procéduraux du divorce. Le cabinet, exclusivement dédié au droit de la famille, apporte son expertise pour transformer cette contrainte juridique en opportunité de mieux protéger les intérêts de chacun. Si votre enfant souhaite être entendu dans votre divorce, notre approche fondée sur l'écoute et la pédagogie vous permettra de traverser cette étape en préservant l'équilibre familial et l'amiabilité de votre séparation.